De l’incidence de l’aliment dans nos vies

Que penseriez-vous d’un spectateur mécontent, essayant d’effacer sur la toile les scènes qui ne lui plaisent pas ? C’est pourtant ce que nous faisons tous, à chaque instant. Nous voulons changer sur l’écran des scènes enregistrées, depuis bien longtemps, et qu’il faut donc se résigner à voir se dérouler. Emile Pinel, mathématicien français, spécialiste de la relativité en biologie nous disait : « Nous sommes le résultat de nos pensées passées, non adaptées au présent ».


Je voulais préciser que nous sommes le résultat de nos repas ingérés dans les jours passés. Repas qui ont créé des pensées non adaptées au présent. Nous sommes donc, effectivement le résultat de nos pensées passées, créées par une alimentation hors contexte ou inappropriée, qui nous rend non adaptés à notre quotidien.
Un exemple : Je me lève et comme d'habitude, je prends un jus d’orange (c’est le début d’une chanson non ?! - Je me lève, et je te bouscule, comme d’habitude..). Je le fais systématiquement tous les matins, parce que j’aime cela et puis, on nous a tellement répété qu’il faut la fameuse vitamine C. Vous vous rendez bien compte à quel point l’alimentation de tous les jours est simplement basée sur le goût sensoriel, les habitudes familiales ou régionales, la facilité, la routine. Tantôt, vous vous laissez influencer par tel régime, tantôt par telle théorie nutritive que vous adoptez pour quelques semaines ou quelques mois, aveuglément parfois… Ce qui est conseillé par-ci et déconseillé par-là. La mode des vitamines, la mode des calories etc. etc.
Je suppose que vous avez tous plus ou moins touché à cela ?
J’apprécie mon jus d’orange. Et, pour une fois, je vais écouter ce qui se passe dans mon corps et dans ma tête. Le message envoyé lors du passage du jus d’orange dans mes organes - et notamment dans mon estomac - est à peu près celui-ci : « Dis ! Toi le cerveau du haut (Et oui c’est comme pour les gens, il y a le cerveau du haut et le cerveau du bas…) je viens de digérer un jus d’orange, sympa comme tout ! Bio en provenance de Sicile, pas mal du tout ! Alors débrouille-toi pour régler la clim de l’ensemble du corps sur minimum 28° extérieur, car comme tu le sais, toi l’intellectuel de service qui sais tout : l’orange est un fruit qui sert à rafraichir ». Le cerveau réceptionne l’info, et règle tous les manomètres sur : plein soleil. Le corps se mettant, lui sur plein été.
Il est 7 heures du matin, je sors de chez moi, pour me rendre à mon travail. Et là ! Horreur !!! Il fait moins 10°, nous sommes en décembre. Alors, que se passe-t-il ? Mon cerveau, celui du haut, réagit brutalement. Alerte rouge ! Il fait moins 10° et le corps, est, lui, en train de descendre rapidement en température, puisqu’il vient d’ingérer un aliment dont la mission est de refroidir. C’est à ce moment là qu'entre les deux cerveaux commence une lutte fratricide. L’aliment ingéré ne correspond pas à la situation réelle de l’environnement dans lequel je vis. Cette situation est fille de mon libre arbitre et de mon pouvoir d’achat, qui fait que je peux boire du jus d’orange en plein hiver. Mais mon libre arbitre, sans une connaissance et un peu de bon sens, aboutit, aujourd’hui, à ce genre de situation qui se répète quotidiennement, laissant mon cerveau du bas et mon cerveau du haut dans une incompréhension mutuelle, sans cesse renouvelée et dangereuse avec le temps.
La seule solution pour éviter d’aboutir à une telle schizophrénie, à savoir manger à Strasbourg comme si je vivais à Tunis, c’est de manger des aliments de saison, locaux, issus d’une agriculture biologique et naturelle. La schizophrénie est un dédoublement, dont la cause première est physiologique, due à une alimentation qui sépare, qui disloque, qui provoque un divorce entre le corps et l’esprit. La tradition nous informe que le mot « diable » provient de « diabolin » qui veut dire : séparer.
Alors, après cette petite histoire de cerveaux : qui sont, d’après vous, les meilleurs serviteurs du « diable » en ce début de XXIème siècle ? Mais oui bien sûr ! Ce sont les cuisiniers qui ignorent que l’art culinaire est fait pour unir, réunifier le corps et l’esprit. Et qui, chaque jour, inconsciemment, vous préparent des plats qui séparent votre esprit de votre corps
Ne vous laissez plus malmener par des nourritures de toutes sortes, fournies par des hommes qui ont choisi le profit ou la gloire (ex : cuisine moléculaire), et préférez, au quotidien, la qualité à la quantité, le local à l’exotique.
La quantité et l’exotisme, réservez-les aux jours de fête.
Souvenez-vous : votre sens du manger a perdu sa dimension la plus noble, celle dont personne ne peut se passer pour vivre heureux et qui vise à faire de vous le lien entre le ciel et la terre.
L’estomac est mon deuxième cerveau, c’est un cerveau vide qui, lui, est chargé de traiter le consistant, le plein, la nourriture physique.
L’autre, celui de ma tête est le cerveau plein, chargé de traiter le vide : mes pensées. Décidément, que la nature est bien faite !

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